Interview d’Eloriane : « Si vous voulez vraiment faire LLCER, tentez tout simplement. »

LLCE japonais

Pour nous, Eloriane, 23 ans, revient sur ses années à l’INALCO en licence LLCER (langues, littératures, civilisations et régionales) japonais…

Je sais que pour beaucoup de personnes, l’entrée dans les études supérieures peut être une source de stress parce que c’est une nouvelle étape de notre vie et un véritable saut dans l’inconnu. On hésite devant toutes les formations qui existent, on ne sait pas si ce que l’on fait est le bon choix… En somme, on a peur de se tromper.

Cette peur de se tromper est très présente chez les personnes qui souhaitent faire des études littéraires parce qu’on vit dans un monde où les études scientifiques sont plus reconnues (disons la vérité). Je suis aussi passée par là, je comprends donc très bien les inquiétudes de ces personnes-là. C’est pourquoi, j’ai demandé à une bonne amie à moi de témoigner pour vous son expérience à l’INALCO en licence LLCER japonais. Cet article vise surtout les personnes qui souhaitent faire des études de langue.


M : Pourquoi avoir choisi LLCER japonais, et surtout, pourquoi l’INALCO ?

E : J’ai fait 3 ans de cours de japonais à TENRI, une association franco-culturelle japonaise à Paris, lorsque j’étais au lycée et j’ai bien aimé cette expérience. En plus, au départ, je voulais faire de la traduction (ça a changé maintenant), du coup, j’ai naturellement fait une licence de langues. Pourquoi l’INALCO… En fait, j’ai juste pris ce qui venait en premier dans mes vœux.

M : Penses-tu que le fait que t’aies pris des cours de japonais avant d’entrer en licence t’a aidée pour ton dossier ?

E : Pour le dossier… Je me demande si ça m’a vraiment aidée parce qu’une autre amie avait aussi pris les mêmes cours que moi à TENRI, et en plus, elle faisait un bac L, et pourtant, elle a été refusée. Il y a quand même eu beaucoup de débutants la première année (la moitié de la promotion). Du coup, je ne sais pas sur quoi ils se basent pour le dossier.

M : Est-ce que les cours de japonais t’ont aussi aidée pour ta première année ?

E : Pour les cours, je crois que si je n’avais pas pris de cours de japonais avant, ça aurait été vraiment difficile. J’ai remarqué que ceux qui n’avaient pas fait de japonais, c’était vraiment difficile pour eux. Les 3 ans de cours que j’ai faits à TENRI, je les ai terminés en 3-4 mois à l’INALCO, et la cadence était très rapide.

Personnellement, ça m’a aidée, mais c’était en même temps un piège parce que pendant les premiers mois, je me suis relâchée en disant « oh c’est bon, je connais » et c’était LE truc à ne vraiment pas faire, même si on avait déjà pris des cours en association ou autres.

Pour ceux qui ont déjà pris des cours de japonais, il faut profiter de ce temps donné pour consolider ses bases parce que ce sont les mois les plus tranquilles et il faut vraiment se mettre à fond dès le début.

M : Selon toi, quels sont les points forts et les points faibles de l’INALCO ?

E : Les points forts, c’est qu’à partir de la deuxième année, à l’INALCO, on travaille plus sur « du réel », on ne travaille pas sur des manuels scolaires. Par exemple, ça m’a étonnée que P7 (Université Paris Diderot) utilise toujours des manuels. À l’INALCO, on travaille directement sur des romans par exemple. Voilà, on travaille vraiment dans le concret et dans le but d’avoir « une relation avec le Japon » quoi.

M : Qu’as-tu aimé et qu’as-tu détesté à l’INALCO ?

E : Ça peut sembler bizarre, mais le truc que j’ai aimé, c’est aussi le truc que je n’ai pas aimé. L’université donne vraiment l’opportunité de tester des cours différents. Je sais que dans d’autres universités, comme P7 en LLCER japonais, t’as peut-être qu’un seul cours que tu peux choisir. Mais à l’INALCO, tu construis ton « cursus » parce que c’est presque sûr que personne n’a le même parcours que toi. Même en ayant fait plusieurs fois la L2, je n’ai pas pu faire le tour de tous les cours.

Par exemple, tu peux prendre que des cours d’art, que des cours de littérature ou que des cours de relations internationales toute l’année. Dans mon cas, la seconde année, je me suis vraiment concentrée sur les cours d’art, et en dernière année, j’ai fait que des cours de politique/relations internationales, mais vraiment concentrés. Je crois que j’avais 4 cours dessus et puis 1 seul cours de littérature, mais je connais des personnes qui n’ont même pas pris politique et qui ont pris que des cours de langue classique (bungo) ou de musique.

Et donc, c’est un point positif parce que c’est très diversifié, mais en même temps, t’as l’impression de manquer beaucoup de trucs. Par exemple, je sais que je n’ai pas fait de la langue classique. J’ai quand même appris un peu parce que j’ai fait de la philosophie, mais j’ai l’impression que l’enseignement sur la langue classique est manquant. Ils proposent tellement de cours, et c’est pour ça qu’à la fin du cursus, on est diplômés de la même filière, mais c’est possible qu’on n’ait même pas eu les mêmes cours ou qu’on ait eu un seul cours en commun avec la personne d’à côté.

M : Aujourd’hui, quel niveau de japonais as-tu ?

E : On va dire que j’ai le niveau d’un chercheur, mais à l’oral, je suis nulle. Plus précisément, à l’INALCO, on travaille sur différents supports (romans, journaux, films, émissions). Ce qui nous permet en soi de nous débrouiller autant dans la vie quotidienne que dans la vie professionnelle. Au niveau de la production écrite de la langue, on a davantage travaillé sur le registre soutenu. 

On peut voir, à travers leurs méthodes d’enseignement, qu’ils veulent nous former pour qu’on ait un maximum d’autonomie en master ou en doctorat. Par exemple, en L2, on pouvait choisir nos cours de traduction selon nos intérêts personnels (littérature, histoire, politique…).

Bien qu’il y ait des cours d’oral, je pense que l’oral est de la responsabilité de chacun, et qu’il ne faut pas compter seulement sur les cours. Mais, c’est peut-être une généralité pour l’apprentissage de n’importe quelle langue quel que soit l’endroit… N’ayant pas pu régulièrement entretenir mes capacités orales pendant ma licence, je peux dire que mon niveau rédactionnel est LARGEMENT supérieur à mes capacités orales.

M : Lorsqu’on est étudiant(e) en langues, il est conseillé de faire un échange universitaire. Est-il « facile » de partir en échange à l’INALCO ? Quel niveau faut-il avoir pour pouvoir partir ?

E : C’est vrai que le nombre ne joue pas en notre faveur. En première année, on est 600, en deuxième année, on est environ 300 et en dernière année, on est une centaine. Prenons par exemple l’année 2017-2018, il y avait 24 élèves qui pouvaient partir. Sur les 24 places, il y avait 5 places disponibles pour tout niveau confondu, 2 pour les garçons de L2, 5 pour les filles de L2, 4 pour les filles de L3, 1 pour les garçons de L3 et 16 pour les étudiants en master (bon, il manque une personne, mais vous avez compris l’idée).

En fait, l’INALCO a tellement une réputation à tenir que c’est quand même difficile de partir,  et en général, on ne peut partir qu’en L3. La plupart des universités japonaises avec qui l’INALCO avait des partenariats demandaient des étudiants qui étaient minimum en L3. Je crois qu’il y avait qu’une seule université japonaise qui acceptait à partir de la L3, et le reste, c’était qu’en master.

Mais, il y a eu un problème durant ma dernière année : l’INALCO hésitait à envoyer des personnes en M1 parce qu’ils trouvaient ça trop difficile ou alors ils les envoyaient et leur demandaient de redoubler en France après. Apparemment, il y a plusieurs élèves qui n’ont pas supporté de faire les cours de là-bas et leur mémoire en même temps. Mais, la politique a changé cette année-là (2017-2018) parce que l’année précédente, il y a eu deux élèves qui ont fait une dépression et qui ont dû revenir en France.

Donc, finalement, pas beaucoup de places et les notes comptent beaucoup, ça c’est normal parce qu’ils veulent envoyer que les bons éléments là-bas.

M : L’INALCO a une réputation d’université extrêmement difficile, surtout pour sa LLCER japonais. Après toutes ces années à l’INALCO, as-tu déjà regretté de l’avoir choisi ?

E : Hum… Quand j’étais dedans, oui. On va dire qu’à certains moments, je me suis dit « mais pourquoi, pourquoi je me suis embarquée dedans ? ». Je n’ai pas eu de regrets à proprement dit, mais plutôt je me suis pris la tête dans des trucs dont il ne fallait pas et qui m’ont rendue malade. Je m’explique.

Ils ont beaucoup d’exigences à l’INALCO. Ce qui est bien, mais sur certains points, ils savent que c’est humainement impossible, et quelques fois, ils le précisent même. Parfois, en plein milieu de la semaine, ils nous disent que c’est normal qu’on n’arrive pas à apprendre tout ce qu’ils ont demandé. Et moi, tu sais ce que je fais, je passe des nuits blanches à tout faire, j’essaie vraiment de tout apprendre alors qu’ils disent que c’est impossible et je me prends la tête pour ce genre de trucs.

Dans leur fonctionnement, ils veulent que tu dépasses tes limites, ils savent que c’est impossible, mais justement ils veulent que tu fasses le plus possible dans la limite du possible. Ils fonctionnent beaucoup sur la pénalité par rapport à d’autres écoles, par exemple, ils font beaucoup attention à la bourse, aux absences. Ils veulent que ça soit le plus strict possible, mais en même temps ils savent qu’on est humains, ils savent que c’est parfois trop.

Je ne sais pas si c’est un mode de fonctionnement japonais parce que je n’ai jamais été dans une université japonaise, mais le mode de fonctionnement marche à la pression, ce qui peut motiver certaines personnes et déprimer d’autres.

Maintenant, je connais leur mode de fonctionnement, mais au début, ce n’était pas facile.

M : Comment as-tu appris à gérer le stress durant tes années de licence à l’INALCO alors ?

E : C’est qu’en deuxième année et avec l’expérience que j’ai compris qu’il y avait des trucs sur lesquels il ne fallait pas se stresser inutilement. Mais, j’avoue que je ne suis pas le meilleur exemple parce qu’en L3, je suis tombée malade à un moment et je crois que c’était en partie dû au stress. Je voulais donner le meilleur de moi-même, du coup, je ne dormais pas, je ne mangeais pas etc.

Le stress a aussi été causé par autre chose. Je pense que c’était aussi lié au fait que je n’avais pas de groupes d’amis fixes dans le même cursus que moi. Ça a joué un peu comme je ne voyais personne. Je pense que ça rassure beaucoup plus quand on est avec quelqu’un, qu’on est épaulés et qu’on sait qu’on est dans la même galère.

M : Maintenant que tu as obtenu la licence LLCER, que comptes-tu en faire ?

E : Pour moi, la LLCER, c’est plutôt un outil, une base pour une langue et après comme je veux travailler dans la médiation culturelle, tous les cours d’art que j’ai pris vont m’aider.

M : On approche de la fin de l’interview. Aurais-tu des conseils à donner aux futurs étudiants ?

E : Bien s’installer dans le changement, c’est-à-dire, savoir que l’université, ce n’est plus le lycée, mais j’ai l’impression que c’est un commentaire général sur les études. 

À l’INALCO, tu es encadré(e) en L1, puis à partir de la L2, on te lâche complètement, contrairement à P7 où vous allez l’air d’être encadrés du début jusqu’à la fin, par rapport à ce que j’ai vu quand vous étiez en licence (vous= moi en LEA anglais-chinois et une autre amie en LLCER coréen à P7).

Comme je te l’ai dit, personne n’a le même emploi du temps, sauf en première année, au premier semestre. Après, tu dois faire ton emploi du temps, et du coup, ça peut être n’importe quoi, par exemple, moi, il y avait des jours où je faisais 8h-11h, et puis l’après-midi 18-21h, et je rentrais chez moi pour avoir un cours à 8h le lendemain.

C’est juste que tu vas être seul(e) donc il faut savoir prendre ce nouveau rythme et ne pas le prendre à la légère, parce que certains en première année se sont encore crus au lycée, mais le problème, c’est que rien ne va venir à toi comme ça.

M : Un dernier mot à ajouter ?

E : Je n’ai pas envie de faire peur aux gens, mais il faut apprendre à s’habituer au système de l’INALCO. Ça vient petit à petit et même à l’INALCO, ils ne veulent pas te faire peur. Certes, c’est vrai qu’ils mettent de la pression, mais ils ne veulent pas te faire du mal.

Et, si vous voulez vraiment faire LLCER, tentez tout simplement. Ceux qui sont partis au début de l’année ou en cours d’année, ils n’avaient pas tort parce qu’ils ont vu que ce n’était pas fait pour eux. Mais, il faut toujours tenter de faire ce qu’on veut faire, même si les résultats ne sont pas au rendez-vous.


Et c’est tout pour l’interview ! Merci à Eloriane !

Personnellement, je trouve que le fonctionnement de l’INALCO pour la LLCER japonais ressemble à une prépa (j’ai fait une hypokhâgne A/L). Si je peux vous donner un conseil de ce que j’ai appris en prépa et qui m’a servi tout au long de ma scolarité, c’est que vous ne pouvez pas tout apprendre parce qu’il n’y a que 24 heures dans une journée. C’est pourquoi, vous devez apprendre à vous organiser et à étudier de manière stratégique.

J’aimerais rajouter un autre conseil très important voire plus que celui d’en haut. Si vous sentez que votre santé en pâtit trop, prenez alors le temps de faire une pause, de vous reposer et de revenir à l’attaque en pleine forme. La santé passe avant tout, absolument tout !

Et, je voudrais terminer avec un mot sur les études en général pour les plus nerveux d’entre vous (comme moi à l’époque). Avec le temps, vous verrez qu‘il n’existe pas de chemin parfait comme on essaie de nous le faire comprendre depuis notre tendre enfance. Chaque parcours est assez unique : certaines personnes vont avoir des chemins linéaires, tandis que d’autres auront des chemins plus farfelus. Certaines personnes ont trouvé leur voie très jeune, tandis que d’autres tentent pendant des années et des années de trouver la leur. On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir. C’est pourquoi, ce que vous pouvez faire pour l’instant, c’est vous demander ce que vous voulez vraiment faire et tout tenter pour réaliser ces rêves puis s’adapter, si besoin, en cours de route. Vous verrez que la vie est vraiment étrange. Parfois, elle vous entraîne sur un chemin inattendu, mais qui vous correspond mieux, bien mieux que ce vous aviez en tête initialement !

Pour conclure l’article, si jamais vous avez d’autres questions à poser, n’hésitez pas à les mettre en commentaire.

L’idée de cette interview était de vous aider à mieux comprendre la LLCER, mais aussi de vous donner un premier aperçu de ce qui vous attend dans les études supérieures tout en glanant quelques conseils par-ci, par-là pour vous y préparer ! Bon courage à tous les étudiants en devenir ou non !

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